Bibliothèque engagée – La cause des femmes, Gisèle Halimi

Bien que La cause des femmes soit le dernier livre arrivé dans ma bibliothèque, j’ai choisi de le mettre en avant en premier. Il est souvent présenté comme un classique à lire pour toute personne s’intéressant un minimum à la cause des femmes. Publié en 1992, son autrice est Gisèle Halimi, une avocate, militante féministe et femme politique franco-tunisienne. L’ouvrage tourne presque exclusivement autour de la question du droit à l’avortement puisque il relate l’affaire Bobigny de 1972 où cinq femmes furent jugées pour complicité ou pratique de l’avortement, G.Halimi était l’avocate de la défense. Ce procès a eu retentissement considérable en devenant une tribune contre la loi de 1920. Il a contribué à l’évolution vers la loi Veil, votée en et promulguée en , sur l’interruption volontaire de grossesse.

Il était donc grand temps que je vous parle de ce livre. La cause des femmes explore en plusieurs temps cette lutte essentielle dans le processus de libération des femmes pour établir enfin « un partage juste et responsable entre deux égales libertés » (extrait du livre). Gisèle Halimi, l’autrice, présente dans cette nouvelle édition (datant de 2003) une préface réfléchie, perturbante, engagée, impliquée et déterminée. Tout d’abord, elle décortique la notion de féminisme, ce que ce terme désigne, les combats qu’il comprend, les remises en question qu’il suscite et les prises de conscience qu’il rend possible.

On découvre la jeunesse de G.Halimi, sa détermination à devenir avocate et femme émancipée. On plonge au cœur de cette période qui a précédé le vote de la loi Veil avec la création de Choisir* et le procès de Bobigny qui a fissuré ( voir fait voler en éclat ) le contrôle patriarcal sur le corps des femmes. On prend largement conscience de l’importance et de l’ampleur de la bataille menée.

*L’association Choisir la cause des femmes, créée en juillet 1971, a pour objectif : l’éducation sexuelle et la contraception libre et gratuite, l’abrogation de la loi répressive de 1920, qui condamne l’avortement et la défense gratuite des femmes poursuivies pour avortement. Aujourd’hui, elle poursuit plus largement ces combats, notamment à l’échelle de l’Union Européenne.

Un critique ? Avant de découvrir l’ouvrage, j’ai lu un certain nombre d’avis, de critiques négatives portant sur le fait de ramener LA grande cause des femmes à l’avortement. Je suis assez mitigée sur la question mais voici ce que j’en pense : tout d’abord le livre ne porte pas uniquement sur cette question mais sur d’autres sujets tels que l’éducation des filles ( qui n’est pas la même que celle donnée aux garçons ). L’autrice ouvre sa réflexion, son récit sur l’enjeu de disposer de son corps mais aussi et surtout de disposer de son esprit en abordant la question de la culpabilité, de la honte, de la soumission, du dénigrement .. autant de questions qui touchent particulièrement les femmes. En allant encore plus loin, elle brise cette image de « femme victime » ou de « femme coupable » en créant des moyens d’actions, en refusant les accusations pour devenir elles même accusatrices. Bobigny fut un  « procès où les accusés comprennent qu’au delà de leur propre cas, ils se battent pour défendre une cause, c’est un procès politique. Et c’est un procès politique parce que les accusés se font accusateurs, qu’ils décident de faire du tribunal une tribune et que, par delà les juges, c’est à l’opinion publique toute entière qu’ils s’adressent » ( extrait du livre ). 

Je vais m’arrêter ici pour ce premier ouvrage de ma bibliothèque engagée, ce n’est que le début d’une longue série ! J’ai énormément de livres à vous présenter, à vous faire découvrir. Romans, reportages, dictionnaires, livres pour enfants, poèmes .. N’hésitez pas à me faire des suggestions également, à très vite.

Laisser un commentaire